Négatif

<1 UI/L

Je sais que c’est bête, mais je ne m’y attendais pas.

Peut-être parce que j’ai attendu J33 et que je n’ai toujours pas mes règles. Peut-être parce que ça ne m’était jamais arrivé avant.

On va pas se mentir, j’ai un peu pleuré.

Je pense aux plans sur la comète qu’on croit qu’on ne fait pas. Commencer à regarder les annonces immobilières parce qu’il va bien falloir déménager, ici ce sera vite trop petit. L’annoncer précocement à nos familles, pour éviter de se compliquer la période de Noël et son cortège de bons vins-champagne-foie gras maison-saumon fumé-et toi Sol tu n’en manges pas ?

Je pense à mon rêve qui s’évanouit peu à peu d’avoir deux enfants d’âge très rapproché -je le sais, au fond, que c’est le deuil des jumeaux que je n’ai pas fait.

« Tu es déçue ? » me demande Jul. Bien sûr que je suis déçue. Maladroit, il trébuche sur les mots, ne dit pas les bons, et je ne suis plus déçue mais irritée, qu’est-ce qu’il en sait lui de ma tristesse ? Mais comment lui en vouloir ? Il ne partage pas ma peine. Au moins il ne semble pas ouvertement soulagé.

Je suis déçue, je ne suis pas inconsolable. Parce que nous avons une deuxième chance, qui nous attend au frais, dans un congélateur du Grand Hôpital. Parce que nous avons déjà Bulle, et que ça, tous les échecs de PMA du monde ne pourront pas nous l’enlever.

Ce soir, s’il ne pleut pas, nous sortirons voir une procession de bougies flotter sur la rivière. Au milieu naviguera une barque de papier sur laquelle la petite main de Bulle, guidée par celle de son papa, a tracé les mots « je veux un petit frère ».

La prise de sang

L’infirmier jette un rapide coup d’oeil à mon ordonnance signée PMA. « On espère que ce sera positif ! »

« Les résultats vous les voulez par mail ? Le plus vite possible je suppose ? Je note urgent. »

Voila. J’attends les résultats, qui devraient arriver « le plus vite possible ».

Le chat de Schrödinger

Une PMette une fois (était-ce Nirnaeth ? je ne retrouve pas l’article) avait désigné la période post transfert comme étant celle « du chat de Schrödinger ».  Depuis mardi, je suis à la fois enceinte et pas enceinte. Aucun moyen de savoir avant la prise de sang. Et,  la biologiste nous l’a bien signifié, rien à faire pour favoriser un état plutôt que l’autre. J’ai acquiescé… avant bien entendu de m’empresser de supprimer le thé, le café, les rapports sexuels, les ports de charge lourde etc etc

Ça me fascine comme ce TEC est un non-événement. Il nous a obligés à prendre une demie journée (ce que d’ailleurs je n’avais pas du tout anticipé : je m’attendais à arriver, faire le transfert, repartir 1h plus tard comme lors de mes 2 transferts frais… personne n’a pensé à me prévenir que la décongélation durerait 2h30). Mais en dehors de cette parenthèse de quelques heures, ma vie suit son cours :  j’ai du travail par-dessus la tête (comme tous les ans à cette période), Bulle est enrhumée, tu as pensé à acheter le pain ?, il ne faut pas j’oublie de changer mes patchs ce soir.

Je ne suis pas habituée. Lors de mes 2 FIV, le transfert suivait la ponction de quelques jours, je sortais d’une anesthésie générale, mon ventre c’était Hiroshima un 7 août, au point la deuxième fois que j’ai dû être hospitalisée pour hyperstimulation. Bref, ma vie s’était arrêtée, les deux fois. Je ne travaillais plus, je ne faisais plus rien à part… attendre. Espérer. Et cogiter, toute la journée.

Hé mais je viens de réaliser, c’est ça la vie des fertiles ! Un câlin, la vie continue, puis deux semaines plus tard la surprise de constater a posteriori que ces deux semaines étaient spéciales.

Bref. Tout ça pour dire que rien ne se passe dans ma vie depuis mardi, que j’ai du boulot par-dessus la tête (comme tous les ans à cette période), mais que, entre deux copies, je rêvasse au moment où je constaterai, a posteriori, que ces deux semaines étaient spéciales.

Je vous laisse, j’ai du travail par-dessus la tête (comme tous les ans à cette période).

Présentations

Voici Bulle. Un an presque-et-demi, deux grands yeux sombres, des jambes qui courent de plus en plus vite dans tout l’appartement, des dents et des mots plein la bouche. Un lexique qui s’accroît de jour en jour, mais son mot préféré reste « Non. »

Voici Jul. Qui veut un deuxième enfant, mais pas tout de suite. Qui a accepté de me suivre, même si pour lui c’est trop tôt. Qui a accepté de me suivre parce que c’est pas sûr que ça marche les TEC. Parce que sinon, s’il faut tout recommencer à zéro… Qui m’a dit il y a quelques semaines OK, prenons le risque que ça marche du premier coup -lapsus ô combien révélateur.

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La suite

Juin. Premier anniversaire de Bulle. Après 3 mois d’un harcèlement moral constant, Jul concède un « tu peux toujours appeler pour un premier rendez-vous, ça n’engage à rien… » Le lendemain, rendez-vous est pris avec Dr P – Dr H étant partie à la retraite.

Juillet. De retour dans le couloir PMA du Grand Hôpital. Dr P. est jeune et souriante. « Ah ça oui, c’est sûr qu’après une FIV, le TEC c’est presque des vacances… » Je repars avec des devoirs de vacances : prises de sang pour Jul et moi, hystérosonographie pour vérifier que Bulle n’a pas trop mis le bazar là dedans pendant son séjour de 9 mois.

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Bulle

Elle a de grands yeux sombres qu’elle promène avec curiosité sur le monde qui l’entoure.

Elle a déjà beaucoup de cheveux. C’est d’ailleurs ce que tout le monde remarque « qu’est-ce qu’elle a comme cheveux ! » s’étonnaient les sages-femmes à la maternité.

Elle éternue toujours 5 fois de suite. Parfois 6, pour faire mentir sa mère.

Quand son père lui raconte des histoires elle se tait et ouvre de grands yeux attentifs.

Elle n’aime pas quand on change sa couche, surtout quand c’est trop long.

Elle adore le bain, mais n’aime pas quand on lui lave les cheveux.

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Les retrouvailles

C’était il y a quelques semaines, lors du rendez-vous du 9ème mois. Col fermé, bébé qui ne semble pas pressé, j’ai demandé à la sage-femme si on avait le feu vert pour un weekend loin de la ville. Avant le grand changement, profiter une dernière fois d’un peu de temps à deux. « OK si vous n’allez pas trop loin, quelques heures de route seulement, et repérez quelle est la maternité la plus proche. »

Alors on a fait nos valises et dès le lendemain on a pris la voiture. Pas trop loin, quelques heures de route seulement. Un petit coin de France niché au bord de la route des vacances, pas tout au bout, mais qui sent déjà la lavande et l’olivier. Un petit coin de France qui est devenu important pour nous.

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Le temps retrouvé

Il y a la deuxième chambre. Tu te souviens, quand nous avons emménagé dans ce grand appartement, c’est la première pièce que j’avais meublée et décorée avec soin, pour que son vide ne me renvoie pas chaque jour à celui qui grandissait en moi. Aujourd’hui je commence à la vider doucement : déjà le grand canapé-lit est parti, il faut trier les livres, il y en a tellement, et tout ce bazar qui traîne… et bientôt cette chambre deviendra ce à quoi elle a toujours été destinée.

Il y a ces plaisanteries qu’on fait entre nous, les amis rient parfois jaunes, mais nous ça nous fait du bien, les « pfff trier les livres tu dis ? finalement je ne suis plus si sûr qu’on ait eu une bonne idée… il est encore temps de changer d’avis non ? ben non pour l’IVG le délai est dépassé… ceci dit je peux encore accoucher sous X. »

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À mi chemin

J’avais écrit ces lignes pour moi, quelques heures avant la deuxième échographie. Et puis je me suis souvenue que c’est justement pour ça que j’avais ouvert un blog, il y a un peu plus de deux ans. J’espère ne blesser personne avec ces mots. A celles qui m’ont demandé des nouvelles, c’est l’occasion de vous dire que je vais bien, que j’ai la chance de vivre une grossesse parfaite, et d’attendre une petite fille (pour le plus grand bonheur de son papa !) Et aussi, surtout, que malgré mon absence par ici je n’oublie pas mes compagnes et compagnons d’infortune restés à quai.

 

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Après l’attente

Voum voum voum voum. Petit cœur cogne toujours à toute vitesse, et le mien se remplit un peu plus d’amour à chaque battement.

Des maux de grossesse mineurs, en parler ici me semblerait déplacé. Et c’est tellement secondaire… A la sage-femme qui me demande comment je me sens je réponds invariablement « merveilleusement bien ! ». Elle rit, s’étonne, « à ce point là ? » Oui, à ce point là. Anémiée, fatiguée, mais heureuse.

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Amoureuse

C’est une journée qui a commencé par une immersion soudaine dans le monde des fertiles. Une journée d’abord déconcertante.

A 10h, j’avais rendez-vous pour mon inscription administrative à la maternité. Depuis longtemps Jul et moi avions décidé que le jour venu, nous quitterions sans regret le Grand-Hôpital pour l’Hôpital-sur-la-Colline. C’est donc un nouveau hall d’accueil que je découvre. Un nouvel hôpital, de nouvelles étiquettes (dont j’apprendrai plus tard que ce ne sont pas les bonnes). Une structure plus petite, mais un même dédale administratif.

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Demain, si tout va bien

Aéroport de Roissy, juin 1991.

C’est un de mes premiers souvenirs : j’ai 5 ans et je regarde mon père s’éloigner par la passerelle qui l’emmène pour 2 mois de l’autre côté du monde. Et tout à coup je pleure toutes mes larmes de mon corps. Un de ces énormes chagrins d’enfant inconsolable, sous les yeux perplexes de ma petite sœur et ceux impuissants de ma mère. Deux mois sans mon papa. La totalité des grandes vacances. L’épreuve paraît insurmontable à mes yeux de petite fille de 5 ans. En deux mois, je vais l’oublier, c’est sûr.

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Une Bulle

Ma Bulle,

Cette semaine tu vas avoir deux mois. Deux mois que tu es né dans une éprouvette de la rencontre d’un ovocyte boosté à la follitropine bêta et d’un spermatozoïde surdopé aux vitamines C et E. Deux mois que tu as commencé ta croissance dans cette boîte de pétri qui t’a hébergée 5 jours, avant de rejoindre le nid chaleureux qui je l’espère sera le tien jusqu’au retour des beaux jours.

Ma Bulle, tu es toujours là, je le sais. Mais je tremble que ton petit cœur ait cessé de battre. Ce même petit cœur qui a fait fondre celui de ton papa et le mien il y a presque un mois. Ce petit cœur qui est au centre de nos pensées et de nos conversations, si souvent.

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Le mojito

Les deux femmes choisissent une table en terrasse, car le temps est doux pour la saison. Il faut en profiter, se disent-elles, demain on change d’heure, et il fera nuit bien trop tôt.

« Vous avez choisi ? » demande le serveur. Absorbées dans leur conversation, les deux femmes n’ont pas pris le temps de jeter un œil à la carte. « Qu’est-ce que vous avez comme bière en pression ? » demande la plus âgée des deux. Elle doit avoir la soixantaine, à en juger par les rides de son visage et les reflets argentés dans ses cheveux châtain, mais ses yeux bleu océan pétillent de jeunesse. Elle se décide pour une bière blanche, en demi. La deuxième femme semble hésiter, se mord les lèvres. Elle doit avoir la moitié de l’âge de sa compagne, le visage légèrement plus rond, mais les mêmes yeux bleu océan. « Je vais prendre la même chose », finit-elle par se décider.

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Le commencement de la suite

La reprise, enfin. Depuis la rentrée de septembre je n’avais travaillé qu’une semaine, tout cumulé. Une reprise-plus-en-douceur-que-ça-tu-meurs (d’ennui) puisque mon remplaçant ayant été nommé jusqu’aux vacances, nous sommes actuellement deux profs pour un même poste (la logique de l’éducation nationale, surtout ne pas chercher à comprendre). Depuis lundi j’ai donc la chance d’expérimenter le co-enseignement. Et le bonheur de retrouver mes petits élèves.

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Petit coeur

Arrivés en retard et essoufflés au Grand Hôpital. Je frappe à la porte des sages-femmes « Bonjour, je viens pour une visite de contrôle suite à une hyperstimulation. » Sourires, prises de sang, 4 tubes.

Pas besoin d’attendre les résultats, l’interne vient nous chercher pour l’échographie. Table d’examen, étriers, cuisses écartées. Jul s’installe derrière moi, face à l’écran. J’ai juste le temps de me dire que je suis contente que ce soit cette interne, qu’elle va commenter tout ce qu’elle voit. « Tenez, regardez, on voit l’embryon, il est bien dans l’utérus. » Première larme. « Il mesure presque 3 mm, non presque 4. Vous voyez ce petit point qui clignote là ? C’est son cœur. » Deuxième larme.

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En apnée

De retour chez moi. Concrètement ça veut dire que j’ai quitté mon lit d’hôpital pour mon canapé. Mes journées ne sont pas plus actives, mais j’ai retrouvé les bras de Jul la nuit et ça ça change tout.

Il paraît que je suis enceinte (j’ai eu envie d’écrire « pour l’instant »). Hier mon taux de ß-hCG était de 1051. Moi ça me paraissait un peu faible vu que normalement il aurait dû être de 1600 la veille, mais les médecins du service PMA avaient l’air content alors j’ai décidé de leur faire confiance.

Mercredi j’ai rendez-vous à l’hôpital pour un suivi de mon hyperstimulation. Ce sera pile un mois après la ponction. Il paraît que ma bulle sera suffisamment grosse pour qu’on la voie à l’échographie, c’est ce que m’a dit le médecin. Elle m’a aussi dit des trucs étranges, comme quoi ce sera aussi l’occasion de discuter de mon suivi de grossesse, de savoir si je veux le faire au Grand Hôpital ou ailleurs… des informations que mon cerveau a du mal à imprimer. Un manque d’oxygénation peut-être.

Tu crois que mercredi j’arriverai à retrouver une respiration normale ?