Amoureuse

C’est une journée qui a commencé par une immersion soudaine dans le monde des fertiles. Une journée d’abord déconcertante.

A 10h, j’avais rendez-vous pour mon inscription administrative à la maternité. Depuis longtemps Jul et moi avions décidé que le jour venu, nous quitterions sans regret le Grand-Hôpital pour l’Hôpital-sur-la-Colline. C’est donc un nouveau hall d’accueil que je découvre. Un nouvel hôpital, de nouvelles étiquettes (dont j’apprendrai plus tard que ce ne sont pas les bonnes). Une structure plus petite, mais un même dédale administratif.

« Vous être enceinte de combien de temps ? » me demande la secrétaire de l’accueil. Enceinte, qui ça ? moi ?

10h30, entretien avec une « sage-femme d’orientation. » Elle me détaille par le menu mon suivi à l’Hôpital-sur-la-Colline, de la première échographie à mon retour à la maison 48h après l’accouchement. Vous avez des questions ? Oui, une seule, malheureusement vous n’avez pas la réponse.

Apparemment, dans le monde des fertiles, avoir un entretien avec la sage-femme avant l’écho T1 n’est pas quelque chose d’illogique. Apparemment, dans le monde des fertiles, l’attente de l’écho T1 n’est pas quelque chose d’angoissant. Quand je la quitte, la sage-femme me souhaite « bonne grossesse. » Je suis perplexe. Je me serais plutôt attendue à « bonne chance pour l’écho de cet après-midi, j’espère que tout ira bien ». Je rentre chez moi en m’interdisant de penser que ce serait quand même bête de devoir tout annuler maintenant.

À 16h30, je retrouve Jul dans le hall de l’Hôpital-sur-la-Colline. Bâtiment F, salle d’attente orange, chaque hôpital est un labyrinthe avec lequel on se familiarise finalement très vite.

Après un rapide entretien avec la gynécologue portant sur nos antécédents médicaux, on passe à la salle d’échographie. « Je vous laisse vous installer », me dit la gynécologue. Je passe sur le moment gênant où après avoir, dans un élan d’enthousiasme, enlevé chaussures, collants et culotte, elle me dit « on va faire une échographie abdominale. » Jul se marre, et je me retrouve à relever la jupe que j’avais gardée pudiquement baissée. On est PMette ou on ne l’est pas.

« Coucou bébé ! » sourit la gynéco avant même que j’aie eu le temps de ressentir la sensation de froid du gel sur mon ventre. Et en effet, en gros plan sur l’écran, une petite silhouette agite la main comme pour nous faire coucou.

Que vous dire de plus pour raconter ce moment ? Que j’ai pleuré comme une madeleine, m’émerveillant sur une petite main, un petit bras, un petit pied, un deuxième, le bruit d’un cœur qui bat à toute allure ? Que Jul n’a pas lâché ma main, qu’il a serrée à la broyer au son de ce petit cœur battant la chamade ?

Hier soir, Jul et moi sommes rentrés main dans la main, confortablement assis sur un petit nuage. Nous n’en sommes pas redescendus depuis.

 

PS.  Je ne poste pas ici de photo de ma Bulle qui n’en est plus une : je sais trop l’effet que peut faire une image propulsée en Une sur le lecteur wordpress d’une PMette. Mais comme toute pas-encore-maman, je trouve évidemment que mon pas-encore-bébé est le plus magnifique du monde… alors je ne peux pas m’empêcher d’inviter ceux qui veulent le constater par eux-même à aller voir la photo que j’ai postée sur instagram, là, en bas à droite (si si, descends encore)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Là, derrière les deux petits personnages qui te tournent le dos pour dissimuler leurs larmes.

Alors, elle n’est pas adorable sa petite bouille ?

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Demain, si tout va bien

Aéroport de Roissy, juin 1991.

C’est un de mes premiers souvenirs : j’ai 5 ans et je regarde mon père s’éloigner par la passerelle qui l’emmène pour 2 mois de l’autre côté du monde. Et tout à coup je pleure toutes mes larmes de mon corps. Un de ces énormes chagrins d’enfant inconsolable, sous les yeux perplexes de ma petite sœur et ceux impuissants de ma mère. Deux mois sans mon papa. La totalité des grandes vacances. L’épreuve paraît insurmontable à mes yeux de petite fille de 5 ans. En deux mois, je vais l’oublier, c’est sûr.

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À vous, les oubliées (via Mamzelle Fleur)

Cela fait un moment que cet article me trotte dans la tête. Depuis quelques semaines, une vague de « miracles » traverse la blogosphère. Comprenez des grossesses inespérées. Beaucoup de ptits deuzièmes arrivés naturellement après une fiv, mais aussi des positifs avant fiv, des « je ne l’espérais plus » d’infertiles confirmées, bref toute la panoplie. On pourrait presque […]

via Nous, les oubliées… — Les tribulations de Mamzelle Fleur

Une Bulle

Ma Bulle,

Cette semaine tu vas avoir deux mois. Deux mois que tu es né dans une éprouvette de la rencontre d’un ovocyte boosté à la follitropine bêta et d’un spermatozoïde surdopé aux vitamines C et E. Deux mois que tu as commencé ta croissance dans cette boîte de pétri qui t’a hébergée 5 jours, avant de rejoindre le nid chaleureux qui je l’espère sera le tien jusqu’au retour des beaux jours.

Ma Bulle, tu es toujours là, je le sais. Mais je tremble que ton petit cœur ait cessé de battre. Ce même petit cœur qui a fait fondre celui de ton papa et le mien il y a presque un mois. Ce petit cœur qui est au centre de nos pensées et de nos conversations, si souvent.

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Le mojito

Les deux femmes choisissent une table en terrasse, car le temps est doux pour la saison. Il faut en profiter, se disent-elles, demain on change d’heure, et il fera nuit bien trop tôt.

« Vous avez choisi ? » demande le serveur. Absorbées dans leur conversation, les deux femmes n’ont pas pris le temps de jeter un œil à la carte. « Qu’est-ce que vous avez comme bière en pression ? » demande la plus âgée des deux. Elle doit avoir la soixantaine, à en juger par les rides de son visage et les reflets argentés dans ses cheveux châtain, mais ses yeux bleu océan pétillent de jeunesse. Elle se décide pour une bière blanche, en demi. La deuxième femme semble hésiter, se mord les lèvres. Elle doit avoir la moitié de l’âge de sa compagne, le visage légèrement plus rond, mais les mêmes yeux bleu océan. « Je vais prendre la même chose », finit-elle par se décider.

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Le commencement de la suite

La reprise, enfin. Depuis la rentrée de septembre je n’avais travaillé qu’une semaine, tout cumulé. Une reprise-plus-en-douceur-que-ça-tu-meurs (d’ennui) puisque mon remplaçant ayant été nommé jusqu’aux vacances, nous sommes actuellement deux profs pour un même poste (la logique de l’éducation nationale, surtout ne pas chercher à comprendre). Depuis lundi j’ai donc la chance d’expérimenter le co-enseignement. Et le bonheur de retrouver mes petits élèves.

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Petit coeur

Arrivés en retard et essoufflés au Grand Hôpital. Je frappe à la porte des sages-femmes « Bonjour, je viens pour une visite de contrôle suite à une hyperstimulation. » Sourires, prises de sang, 4 tubes.

Pas besoin d’attendre les résultats, l’interne vient nous chercher pour l’échographie. Table d’examen, étriers, cuisses écartées. Jul s’installe derrière moi, face à l’écran. J’ai juste le temps de me dire que je suis contente que ce soit cette interne, qu’elle va commenter tout ce qu’elle voit. « Tenez, regardez, on voit l’embryon, il est bien dans l’utérus. » Première larme. « Il mesure presque 3 mm, non presque 4. Vous voyez ce petit point qui clignote là ? C’est son cœur. » Deuxième larme.

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En apnée

De retour chez moi. Concrètement ça veut dire que j’ai quitté mon lit d’hôpital pour mon canapé. Mes journées ne sont pas plus actives, mais j’ai retrouvé les bras de Jul la nuit et ça ça change tout.

Il paraît que je suis enceinte (j’ai eu envie d’écrire « pour l’instant »). Hier mon taux de ß-hCG était de 1051. Moi ça me paraissait un peu faible vu que normalement il aurait dû être de 1600 la veille, mais les médecins du service PMA avaient l’air content alors j’ai décidé de leur faire confiance.

Mercredi j’ai rendez-vous à l’hôpital pour un suivi de mon hyperstimulation. Ce sera pile un mois après la ponction. Il paraît que ma bulle sera suffisamment grosse pour qu’on la voie à l’échographie, c’est ce que m’a dit le médecin. Elle m’a aussi dit des trucs étranges, comme quoi ce sera aussi l’occasion de discuter de mon suivi de grossesse, de savoir si je veux le faire au Grand Hôpital ou ailleurs… des informations que mon cerveau a du mal à imprimer. Un manque d’oxygénation peut-être.

Tu crois que mercredi j’arriverai à retrouver une respiration normale ?

Hyperstimulation, acte 2

La gynéco de garde au téléphone : « effectivement, +3kg en 3 jours ce n’est pas normal. Passez nous voir qu’on fasse le point »

Le médecin des urgences : « bon… on va vous garder. »

L’aide soignante : « mais je vous connais, vous ! Vous étiez la chambre 538 en début de semaine. On vous manquait à ce point ? »

Jul : « elle est bien ta nouvelle chambre, plus spacieuse que l’ancienne. Tu vas être bien là s’ils te gardent toute la semaine »

Y croire encore (ou le troisième taux)

« S’il te plaît, ne pleure pas. J’ai besoin que tu y croies. »

Mercredi après-midi, c’est un zombie que Jul a ramené de l’hôpital. L’impression que plus rien ne m’atteignait, ne me faisait sourire ni ne me faisait pleurer. Mode émotions off.

Et puis une fois couchés, deux larmes, et cette phrase de Jul « S’il te plaît, ne pleure pas. J’ai besoin que tu y croies. »

C’est pour lui que j’ai décidé d’y croire, au moins pour 48h. Deux journées supplémentaires d’attente, comme un sursis. Ne pas penser au lendemain. Et ce matin, c’est main dans la main que nous sommes allés faire la prise de sang. Nous promettant mutuellement que tout irait bien, et faisant semblant de croire l’autre.

A la façon dont Jul m’a broyé la main à l’appel de la sage-femme, j’ai bien vu qu’il avait aussi peur que moi.

400ui. Comme a dit la sage-femme « ce n’était pas la peine de s’inquiéter autant ».

Deuxième taux

Troisième jour d’hospitalisation. Je tenais le coup. Malgré la solitude des nuits. Malgré le bassin dans lequel je dois faire pipi avant de le transvaser dans un récipient gradué que les infirmières viennent relever toutes les 4h. Malgré les injections de lasilix à 5h du matin, diurétique efficace qui m’envoie remplir puis transvaser mon bassin 5 fois dans l’heure qui suit l’injection. Malgré l’aide soignante qui dit « je vous ai pris des chaussettes de contention plutôt que des bas, je me suis dit que vous préféreriez » (euh moi je préférerais rien du tout…). Malgré les traits au marqueur sur mon ventre pour reprendre la mesure du tour de taille au même niveau. Malgré l’infirmière qui ne trouve plus une seule veine pour me piquer : ni dans le pli du coude, ni dans l’avant-bras, ni sur le dos de la main. Je tenais le coup grâce aux sourires des infirmières. Grâce aux encouragements des aides-soignantes (« -1cm de tour de taille, c’est super ! »). Grâce aux visites de mon chéri deux fois par jour les bras chargés de livres et de chocolat.

Je tenais le coup, jusqu’à la visite de la gynéco il y a 1h. Nouveau taux : 179. « Ça ne veut rien dire, ça peut être à cause de l’hyperstimulation que ça n’a pas tout à fait doublé. Votre corps est tout chamboulé. » Je ne fais même pas semblant de la croire. Pas tout à fait doublé ? Il était de 145 il y a 48h.

PS : j’ai rédigé ce texte il y a quelques heures. Entre temps, j’ai eu l’autorisation de rentrer chez moi, je le publie donc depuis mon canapé. Prochain dosage dans 48h. Je n’ose plus y croire. J’ai le moral dans les chaussettes -pardon, les bas de contention. 

Hyperstimulation 

Le ventre qui gonfle. De plus en plus. La sensation désagréable que ça tire. Désagréable puis douloureuse. Marcher est difficile. Se tenir debout est difficile. Puis allongée. Cinq heure du matin, plus personne ne dort. Jul qui craque « je t’emmène aux urgences ». Prises de sang. Attendez les résultats. L’échographie qui montre beaucoup d’eau dans l’abdomen. L’infirmière : on a reçu vos bêtas, ils sont à 145. Vous ne le saviez pas ? Enceinte. Enceinte ? Le médecin des urgences : on va vous hospitaliser. L’infirmière du service gynécologie : on va vous garder quelques jours, une semaine peut-être. La gynéco de PMA : c’est un début de grossesse qui a provoqué l’hyperstimulation.  L’aide soignante, toutes les 4h : je viens vérifier vos urines. Mal au ventre. Jul : je vais rentrer, bonne nuit, sois courageuse. L’infirmière de nuit : je reviendrai à minuit et 4h du matin. Bonne nuit. Toute seule. Dormir, mais comment ? Mal au ventre. Enceinte. Pour l’instant 🤞🤞

Deux bulles

Elles sont là, bien au chaud depuis hier matin. Deux petites bulles d’espoir, l’une « parfaite » et l’autre « un peu moins parfaite » dixit la biologiste.

Quant à savoir si sur les 15 bulles surnuméraires certaines ont pu rejoindre un congélateur, mystère. Pas de congélation hier, « on verra demain » m’a dit la biologiste.

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FIV 2 : des nouvelles de nos embryons

Elle avait dit « je vous rappelle demain entre 11h et 15h ». Elle a appelé à 15h24. La biologiste joue avec mes nerfs.

Elle m’a dit « Les embryons continuent d’évoluer, il y a un petit peu de fragmentation. » Comme ce n’était pas très clair pour moi (comprendre : elle m’avait parlé chinois) j’ai un peu insisté. Mais ils sont toujours 17 ? On a une idée de leur qualité ? Verdict : ils sont toujours 17, et « il y en a qui sont de meilleure qualité que d’autres. » J’ai compris que je n’en saurais pas plus, durée de l’appel : 2 minutes. « Je vous rappelle demain. »

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FIV 2 : Jusqu’ici tout va bien…

Il y a eu les mots de Jul : « Moi j’y crois tu sais. Je suis sûr que cette fois c’est la bonne. De toute façon on est tous les deux nés une année paire, alors ce bébé ne peut naître que l’année prochaine, c’est pas possible autrement. »

Il y a eu les mots de la biologiste : « Sur les 20 ovocytes mûrs injectés, nous avons 17 embryons aujourd’hui (à J2). Le transfert devrait être samedi (à J5). D’ici là, surtout, reposez-vous bien. »

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La ponction, deuxième édition (on prend les mêmes…)

Vous êtes nombreuses à me l’avoir rappelé hier, C’est la qualité qui compte, pas la quantité.

Dommage, parce que question quantité, on a encore été bien servis. 24 ovocytes prélevés, 18 mûrs injectés et peut-être encore 3 qui mûrissent au chaud dans un incubateur.

Alors bien sûr on est contents, 18 (ou 21) embryons potentiels on sait que c’est merveilleux, mais de là à dire qu’on est sereins…

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Ponction : H-quelques heures

Demain matin c’est la ponction. Je ne suis pas vraiment stressée, même s’il y a un peu d’appréhension. En mars j’ai très bien supporté l’anesthésie générale, au point que les infirmières étaient surprise de la rapidité avec laquelle j’étais sur pied (par contre bonjour les douleurs au ventre dans les jours qui ont suivi !). Demain ce sera de nouveau une AG, donc pas vraiment d’inquiétude de ce côté là.

Pour être honnête, je ne sais pas trop quoi attendre de cette ponction. Je sais qu’en dessous de 24 ovocytes matures je serai déçue, j’ai donc logiquement peur d’être déçue. Et je sais que même si j’approche ce score, rien ne sera gagné. C’est dans les jours suivants que tout se jouera : est-ce qu’il y aura des embryons, est-ce qu’il en restera à J5, est-ce qu’il y en aura au moins un (ou deux, ou trois) suffisamment beau pour être congelé, est-ce que, est-ce que ?

Non vraiment, cette fois ce n’est pas la ponction qui me stresse.

La rentrée à moitié

Neuvième rentrée. J’ai toujours vécu mes rentrées comme un moment décisif, une période qui donnerait le ton pour toute l’année à venir. Mais cette année je n’y suis pas.

Je n’ai pas la tête à ma rentrée parce que la FIV. Je n’ai pas la tête à ma FIV parce que la rentrée.

Nouvel emploi du temps, nouvelle salle, nouveaux élèves. Nouveau traitement, Puregon, 125UI. Ça commence à bien tirer dans le bas-ventre, je n’ai pas l’impression que ça me faisait ça avec le Gonal, mais peut-être qu’on oublie. Une collègue hier, « tu es sûre que ça va ? J’ai remarqué que tu posais souvent les mains sur le ventre. »

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