Bulle

Elle a de grands yeux sombres qu’elle promène avec curiosité sur le monde qui l’entoure.

Elle a déjà beaucoup de cheveux. C’est d’ailleurs ce que tout le monde remarque « qu’est-ce qu’elle a comme cheveux ! » s’étonnaient les sages-femmes à la maternité.

Elle éternue toujours 5 fois de suite. Parfois 6, pour faire mentir sa mère.

Quand son père lui raconte des histoires elle se tait et ouvre de grands yeux attentifs.

Elle n’aime pas quand on change sa couche, surtout quand c’est trop long.

Elle adore le bain, mais n’aime pas quand on lui lave les cheveux.

Elle n’aime pas trop être posée dans son transat, à part quand il y a de l’animation autour d’elle. Elle aime être à table avec nous quand nous avons des invités et que la discussion est animée.

Elle lève le menton et tend les lèvres à la recherche du biberon quand elle a faim. Elle tète tout ce qui passe à sa portée, son bavoir, mon bras, ses doigts, si le biberon tarde à arriver.

Elle grimace quand elle a mal au ventre. Souvent elle se tord de douleur, et son père et moi tentons toutes sortes de massages mais rien n’y fait.

Elle ronfle quand elle est rassasiée. « Une ronfleuse, comme sa mère » lui dit son père.

Quand elle est sur le ventre elle pousse sur ses bras pour lever la tête et la tourne à droite ou à gauche puis la laisse retomber brutalement avant de recommencer..

Elle n’a que deux semaines mais a déjà fait d’énormes progrès. Elle sait repousser son biberon quand elle n’a plus faim ou redresser sa sucette avec sa main. Des progrès subtils que son père et moi sommes seuls à remarquer, et qui nous émerveillent.

Quand je lui donne le biberon elle plonge ses grands yeux dans les miens et ne cille pas.

Certains soirs elle angoisse quand on la met au lit : elle serre ses petits poings, les ramène sur son visage et tète très fort sa sucette ou ses doigts.

Ces soirs là, une des choses qui la calment est de s’endormir sur le côté, face à face avec son papa.

Quand je la porte en écharpe, elle sort la tête de l’écharpe, la renverse en arrière et me fixe avec ses grands yeux.

Elle est déjà tellement elle.

Elle, Bulle.

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Les retrouvailles

C’était il y a quelques semaines, lors du rendez-vous du 9ème mois. Col fermé, bébé qui ne semble pas pressé, j’ai demandé à la sage-femme si on avait le feu vert pour un weekend loin de la ville. Avant le grand changement, profiter une dernière fois d’un peu de temps à deux. « OK si vous n’allez pas trop loin, quelques heures de route seulement, et repérez quelle est la maternité la plus proche. »

Alors on a fait nos valises et dès le lendemain on a pris la voiture. Pas trop loin, quelques heures de route seulement. Un petit coin de France niché au bord de la route des vacances, pas tout au bout, mais qui sent déjà la lavande et l’olivier. Un petit coin de France qui est devenu important pour nous.

***

Février 2017, c’est dans l’intimité d’une minuscule chambre d’hôtel avec vue sur les oliviers que Jul me fait ma toute première injection de Gonal. En passant devant cet hôtel, je me souviens l’appréhension, mais aussi l’espoir et l’excitation que faisait naître cette première FIV. Je me souviens aussi, quelques semaines plus tôt, de la déception des vacances annulées à cause d’un calendrier de FIV qui ne coïncide pas avec celui des vacances scolaires. Et de Jul qui me propose de partir quand même, « pas trop loin, à quelques heures de route seulement », entre deux visites de contrôle au Grand Hôpital. Je me souviens de la carte étalée sur la table du salon, de Jul qui me dit allons là, au bord de la route des vacances, ça a l’air joli, et de l’hôtel réservé au dernier moment.

 

Avril 2017, une Bulle qui s’accroche envers et contre tout, une GEU qui dure et s’éternise, et les vacances que l’on doit annuler, encore. Rester évasif au téléphone, désolés Belle-Maman, un imprévu de dernière minute, non rien de grave. Jul au bord de l’explosion, besoin de vacances, et cette décision, partons quand même, juste deux jours, entre deux prises de sang. Deux jours heureux malgré tout, le vent dans les oliviers sèche mes larmes qui ont trop coulé, et cette promesse, on recommencera et cette fois ce sera la bonne.

 

Retour en 2018. À la faveur d’un des ponts du mois de mai, ces trois jours volés au dernier mois d’une grossesse paisible ont la douceur des retrouvailles avec un lieu devenu familier. Allongés dans nos chaises longues à l’ombre des oliviers, on se fait la promesse qu’un jour, dans quelques mois ou dans quelques années, on s’arrêtera de nouveau au bord de la route des vacances. Et on présentera à notre fille ce lieu qui fait aussi partie de son histoire.

Le temps retrouvé

Il y a la deuxième chambre. Tu te souviens, quand nous avons emménagé dans ce grand appartement, c’est la première pièce que j’avais meublée et décorée avec soin, pour que son vide ne me renvoie pas chaque jour à celui qui grandissait en moi. Aujourd’hui je commence à la vider doucement : déjà le grand canapé-lit est parti, il faut trier les livres, il y en a tellement, et tout ce bazar qui traîne… et bientôt cette chambre deviendra ce à quoi elle a toujours été destinée.

Il y a ces plaisanteries qu’on fait entre nous, les amis rient parfois jaunes, mais nous ça nous fait du bien, les « pfff trier les livres tu dis ? finalement je ne suis plus si sûr qu’on ait eu une bonne idée… il est encore temps de changer d’avis non ? ben non pour l’IVG le délai est dépassé… ceci dit je peux encore accoucher sous X. »

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À mi chemin

J’avais écrit ces lignes pour moi, quelques heures avant la deuxième échographie. Et puis je me suis souvenue que c’est justement pour ça que j’avais ouvert un blog, il y a un peu plus de deux ans. J’espère ne blesser personne avec ces mots. A celles qui m’ont demandé des nouvelles, c’est l’occasion de vous dire que je vais bien, que j’ai la chance de vivre une grossesse parfaite, et d’attendre une petite fille (pour le plus grand bonheur de son papa !) Et aussi, surtout, que malgré mon absence par ici je n’oublie pas mes compagnes et compagnons d’infortune restés à quai.

 

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Après l’attente

Voum voum voum voum. Petit cœur cogne toujours à toute vitesse, et le mien se remplit un peu plus d’amour à chaque battement.

Des maux de grossesse mineurs, en parler ici me semblerait déplacé. Et c’est tellement secondaire… A la sage-femme qui me demande comment je me sens je réponds invariablement « merveilleusement bien ! ». Elle rit, s’étonne, « à ce point là ? » Oui, à ce point là. Anémiée, fatiguée, mais heureuse.

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Amoureuse

C’est une journée qui a commencé par une immersion soudaine dans le monde des fertiles. Une journée d’abord déconcertante.

A 10h, j’avais rendez-vous pour mon inscription administrative à la maternité. Depuis longtemps Jul et moi avions décidé que le jour venu, nous quitterions sans regret le Grand-Hôpital pour l’Hôpital-sur-la-Colline. C’est donc un nouveau hall d’accueil que je découvre. Un nouvel hôpital, de nouvelles étiquettes (dont j’apprendrai plus tard que ce ne sont pas les bonnes). Une structure plus petite, mais un même dédale administratif.

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Demain, si tout va bien

Aéroport de Roissy, juin 1991.

C’est un de mes premiers souvenirs : j’ai 5 ans et je regarde mon père s’éloigner par la passerelle qui l’emmène pour 2 mois de l’autre côté du monde. Et tout à coup je pleure toutes mes larmes de mon corps. Un de ces énormes chagrins d’enfant inconsolable, sous les yeux perplexes de ma petite sœur et ceux impuissants de ma mère. Deux mois sans mon papa. La totalité des grandes vacances. L’épreuve paraît insurmontable à mes yeux de petite fille de 5 ans. En deux mois, je vais l’oublier, c’est sûr.

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À vous, les oubliées (via Mamzelle Fleur)

Cela fait un moment que cet article me trotte dans la tête. Depuis quelques semaines, une vague de « miracles » traverse la blogosphère. Comprenez des grossesses inespérées. Beaucoup de ptits deuzièmes arrivés naturellement après une fiv, mais aussi des positifs avant fiv, des « je ne l’espérais plus » d’infertiles confirmées, bref toute la panoplie. On pourrait presque […]

via Nous, les oubliées… — Les tribulations de Mamzelle Fleur

Une Bulle

Ma Bulle,

Cette semaine tu vas avoir deux mois. Deux mois que tu es né dans une éprouvette de la rencontre d’un ovocyte boosté à la follitropine bêta et d’un spermatozoïde surdopé aux vitamines C et E. Deux mois que tu as commencé ta croissance dans cette boîte de pétri qui t’a hébergée 5 jours, avant de rejoindre le nid chaleureux qui je l’espère sera le tien jusqu’au retour des beaux jours.

Ma Bulle, tu es toujours là, je le sais. Mais je tremble que ton petit cœur ait cessé de battre. Ce même petit cœur qui a fait fondre celui de ton papa et le mien il y a presque un mois. Ce petit cœur qui est au centre de nos pensées et de nos conversations, si souvent.

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Le mojito

Les deux femmes choisissent une table en terrasse, car le temps est doux pour la saison. Il faut en profiter, se disent-elles, demain on change d’heure, et il fera nuit bien trop tôt.

« Vous avez choisi ? » demande le serveur. Absorbées dans leur conversation, les deux femmes n’ont pas pris le temps de jeter un œil à la carte. « Qu’est-ce que vous avez comme bière en pression ? » demande la plus âgée des deux. Elle doit avoir la soixantaine, à en juger par les rides de son visage et les reflets argentés dans ses cheveux châtain, mais ses yeux bleu océan pétillent de jeunesse. Elle se décide pour une bière blanche, en demi. La deuxième femme semble hésiter, se mord les lèvres. Elle doit avoir la moitié de l’âge de sa compagne, le visage légèrement plus rond, mais les mêmes yeux bleu océan. « Je vais prendre la même chose », finit-elle par se décider.

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Le commencement de la suite

La reprise, enfin. Depuis la rentrée de septembre je n’avais travaillé qu’une semaine, tout cumulé. Une reprise-plus-en-douceur-que-ça-tu-meurs (d’ennui) puisque mon remplaçant ayant été nommé jusqu’aux vacances, nous sommes actuellement deux profs pour un même poste (la logique de l’éducation nationale, surtout ne pas chercher à comprendre). Depuis lundi j’ai donc la chance d’expérimenter le co-enseignement. Et le bonheur de retrouver mes petits élèves.

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Petit coeur

Arrivés en retard et essoufflés au Grand Hôpital. Je frappe à la porte des sages-femmes « Bonjour, je viens pour une visite de contrôle suite à une hyperstimulation. » Sourires, prises de sang, 4 tubes.

Pas besoin d’attendre les résultats, l’interne vient nous chercher pour l’échographie. Table d’examen, étriers, cuisses écartées. Jul s’installe derrière moi, face à l’écran. J’ai juste le temps de me dire que je suis contente que ce soit cette interne, qu’elle va commenter tout ce qu’elle voit. « Tenez, regardez, on voit l’embryon, il est bien dans l’utérus. » Première larme. « Il mesure presque 3 mm, non presque 4. Vous voyez ce petit point qui clignote là ? C’est son cœur. » Deuxième larme.

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En apnée

De retour chez moi. Concrètement ça veut dire que j’ai quitté mon lit d’hôpital pour mon canapé. Mes journées ne sont pas plus actives, mais j’ai retrouvé les bras de Jul la nuit et ça ça change tout.

Il paraît que je suis enceinte (j’ai eu envie d’écrire « pour l’instant »). Hier mon taux de ß-hCG était de 1051. Moi ça me paraissait un peu faible vu que normalement il aurait dû être de 1600 la veille, mais les médecins du service PMA avaient l’air content alors j’ai décidé de leur faire confiance.

Mercredi j’ai rendez-vous à l’hôpital pour un suivi de mon hyperstimulation. Ce sera pile un mois après la ponction. Il paraît que ma bulle sera suffisamment grosse pour qu’on la voie à l’échographie, c’est ce que m’a dit le médecin. Elle m’a aussi dit des trucs étranges, comme quoi ce sera aussi l’occasion de discuter de mon suivi de grossesse, de savoir si je veux le faire au Grand Hôpital ou ailleurs… des informations que mon cerveau a du mal à imprimer. Un manque d’oxygénation peut-être.

Tu crois que mercredi j’arriverai à retrouver une respiration normale ?

Hyperstimulation, acte 2

La gynéco de garde au téléphone : « effectivement, +3kg en 3 jours ce n’est pas normal. Passez nous voir qu’on fasse le point »

Le médecin des urgences : « bon… on va vous garder. »

L’aide soignante : « mais je vous connais, vous ! Vous étiez la chambre 538 en début de semaine. On vous manquait à ce point ? »

Jul : « elle est bien ta nouvelle chambre, plus spacieuse que l’ancienne. Tu vas être bien là s’ils te gardent toute la semaine »

Y croire encore (ou le troisième taux)

« S’il te plaît, ne pleure pas. J’ai besoin que tu y croies. »

Mercredi après-midi, c’est un zombie que Jul a ramené de l’hôpital. L’impression que plus rien ne m’atteignait, ne me faisait sourire ni ne me faisait pleurer. Mode émotions off.

Et puis une fois couchés, deux larmes, et cette phrase de Jul « S’il te plaît, ne pleure pas. J’ai besoin que tu y croies. »

C’est pour lui que j’ai décidé d’y croire, au moins pour 48h. Deux journées supplémentaires d’attente, comme un sursis. Ne pas penser au lendemain. Et ce matin, c’est main dans la main que nous sommes allés faire la prise de sang. Nous promettant mutuellement que tout irait bien, et faisant semblant de croire l’autre.

A la façon dont Jul m’a broyé la main à l’appel de la sage-femme, j’ai bien vu qu’il avait aussi peur que moi.

400ui. Comme a dit la sage-femme « ce n’était pas la peine de s’inquiéter autant ».

Deuxième taux

Troisième jour d’hospitalisation. Je tenais le coup. Malgré la solitude des nuits. Malgré le bassin dans lequel je dois faire pipi avant de le transvaser dans un récipient gradué que les infirmières viennent relever toutes les 4h. Malgré les injections de lasilix à 5h du matin, diurétique efficace qui m’envoie remplir puis transvaser mon bassin 5 fois dans l’heure qui suit l’injection. Malgré l’aide soignante qui dit « je vous ai pris des chaussettes de contention plutôt que des bas, je me suis dit que vous préféreriez » (euh moi je préférerais rien du tout…). Malgré les traits au marqueur sur mon ventre pour reprendre la mesure du tour de taille au même niveau. Malgré l’infirmière qui ne trouve plus une seule veine pour me piquer : ni dans le pli du coude, ni dans l’avant-bras, ni sur le dos de la main. Je tenais le coup grâce aux sourires des infirmières. Grâce aux encouragements des aides-soignantes (« -1cm de tour de taille, c’est super ! »). Grâce aux visites de mon chéri deux fois par jour les bras chargés de livres et de chocolat.

Je tenais le coup, jusqu’à la visite de la gynéco il y a 1h. Nouveau taux : 179. « Ça ne veut rien dire, ça peut être à cause de l’hyperstimulation que ça n’a pas tout à fait doublé. Votre corps est tout chamboulé. » Je ne fais même pas semblant de la croire. Pas tout à fait doublé ? Il était de 145 il y a 48h.

PS : j’ai rédigé ce texte il y a quelques heures. Entre temps, j’ai eu l’autorisation de rentrer chez moi, je le publie donc depuis mon canapé. Prochain dosage dans 48h. Je n’ose plus y croire. J’ai le moral dans les chaussettes -pardon, les bas de contention. 

Hyperstimulation 

Le ventre qui gonfle. De plus en plus. La sensation désagréable que ça tire. Désagréable puis douloureuse. Marcher est difficile. Se tenir debout est difficile. Puis allongée. Cinq heure du matin, plus personne ne dort. Jul qui craque « je t’emmène aux urgences ». Prises de sang. Attendez les résultats. L’échographie qui montre beaucoup d’eau dans l’abdomen. L’infirmière : on a reçu vos bêtas, ils sont à 145. Vous ne le saviez pas ? Enceinte. Enceinte ? Le médecin des urgences : on va vous hospitaliser. L’infirmière du service gynécologie : on va vous garder quelques jours, une semaine peut-être. La gynéco de PMA : c’est un début de grossesse qui a provoqué l’hyperstimulation.  L’aide soignante, toutes les 4h : je viens vérifier vos urines. Mal au ventre. Jul : je vais rentrer, bonne nuit, sois courageuse. L’infirmière de nuit : je reviendrai à minuit et 4h du matin. Bonne nuit. Toute seule. Dormir, mais comment ? Mal au ventre. Enceinte. Pour l’instant 🤞🤞

Deux bulles

Elles sont là, bien au chaud depuis hier matin. Deux petites bulles d’espoir, l’une « parfaite » et l’autre « un peu moins parfaite » dixit la biologiste.

Quant à savoir si sur les 15 bulles surnuméraires certaines ont pu rejoindre un congélateur, mystère. Pas de congélation hier, « on verra demain » m’a dit la biologiste.

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